Portée par des valeurs humanistes fortes, je m’engage au quotidien pour défendre celles et ceux que l’on n’entend pas toujours et pour construire un avenir plus solidaire
Tribune par Baptiste Ménard & Sarah Haddi
Les chiffres de la pauvreté en France sont tombés, et ils sont les plus dramatiques depuis 30 ans : en 2023, 9,8 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté, dont 650 000 nouvelles personnes qui ont basculé dans la pauvreté en l’espace d’une année.
À ce tableau déjà bien sombre s’ajoute une autre réalité : chaque année, près de 5 millions d’enfants en France ne partent pas en vacances, soit près de 40% des 5-19 ans, avec des écarts criants selon les revenus des familles. Parmi les plus modestes, 56% des enfants ne partent jamais, contre seulement 27% dans les familles aisées. Cette fracture sociale dans l’accès aux vacances, qui est un droit depuis 1998, n’est pas un simple détail : elle est le reflet brutal des inégalités qui minent notre société.
Nombre de nos responsables s’intéressent aux modes de vie des enfants, à juste titre, mais combien portent une réelle ambition pour faire du droit aux loisirs pour toutes et tous une priorité nationale ?
Les enfants privés de vacances sont des enfants privés de chance. Privés de cette parenthèse essentielle qui permet de s’évader du quotidien, de découvrir le monde, de s’ouvrir à la culture et aux autres. Pour eux, pas de répit, pas de respiration. Cette inégalité d’accès aux vacances est une forme de reproduction sociale qui enferme des millions d’enfants dans la précarité et l’exclusion.
Cette situation est d’autant plus intolérable qu’elle touche des millions de familles en grande difficulté, qui ne peuvent pas assumer les coûts liés au transport, à l’hébergement ou aux activités. Les aides existantes, bien que nécessaires, restent largement insuffisantes face à l’ampleur du besoin et sont très souvent méconnues des familles.
Le droit aux vacances est inscrit dans la loi depuis 1998. Pour autant, comme le souligne, le sociologue, Bertrand Réau, ce droit : « n’a jamais été perçu comme un réel impératif » dans le bon développement de l’enfant en dehors de tout cadre scolaire. Cet échec est celui d’une société devenue de plus en plus individualiste, qui ne porte plus aucune ambition collective pour ses enfants.
Il nous appartient de repenser notre modèle de société. Une société juste doit garantir à tous ses enfants le droit aux vacances, non comme un luxe, mais comme un droit fondamental. Cela implique de renforcer les aides financières et l’accès aux droits pour chacun, mais aussi de repenser les politiques publiques pour intégrer les vacances dans une démarche globale d’émancipation sociale et culturelle.
Dans ce cadre, les collectivités territoriales jouent un rôle clé. Elles sont souvent en première ligne pour offrir aux enfants des alternatives aux départs en vacances, notamment par le biais des centres sociaux, des centres de loisirs, des colonies de vacances subventionnées, des activités culturelles et sportives pendant les congés scolaires. Ces dispositifs permettent de créer de la joie et des souvenirs aux enfants et aux parents qui ne peuvent pas partir en vacances, mais aussi des espaces de socialisation, d’apprentissage et de découverte qui permettent à l’enfant de se développer.
Ces initiatives doivent être amplifiées partout sur les territoires, accompagnées et mieux financées pour permettre une offre diversifiée. Elles doivent aussi être pensées comme des leviers pour réduire les inégalités territoriales, car les enfants des zones rurales ou des quartiers populaires sont souvent les plus éloignés de ces opportunités. Offrir des vacances à nos enfants, c’est aussi leur permettre de s’évader loin d’un quotidien et de l’ennui que peuvent parfois générer les vacances d’été.
Ce combat est avant tout un combat politique. Il questionne notre capacité à construire une société qui ne laisse personne au bord du chemin, qui lutte contre l’assignation à résidence et contre ce sentiment de dévalorisation et d’exclusion sociale qui survient lorsque l’on demande à un enfant : « Et toi, tu es parti où en vacances cet été ? »
Garantir à chaque enfant le droit aux vacances, c’est investir dans l’avenir de notre société tout entière. C’est offrir à tous les mêmes chances de grandir, de s’épanouir et de rêver.
C’est pourquoi nous invitons les députés à porter une réflexion globale sur le droit aux vacances pour toutes et tous. Il est plus qu’urgent qu’un projet de loi, avec une ambition nationale, soit porté sur le sujet. Pour qu’à l’été prochain, chaque parent puisse offrir à son enfant un séjour en famille loin de la maison.
Avec notre association Lueurs Républicaines, nous sommes prêts à y travailler.
Baptiste Ménard
Président
Sarah Haddi
Vice-Présidente
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